Vous êtes nombreux à me demander de revenir sur les coulisses de l’émission Les Maternelles au moment de sa création sur France 5 en 2001.  Mais aussi dans ses différentes époques puisque j’en fus à la fois témoin et actrice durant 15 ans. Comme je suis une fourmi, j’ai évidemment consigné bien des écrits de tout ce que nous avons vécu avec vous et au sein de cette équipe très mobilisée à l’époque. Flashback sur ces débuts.

J’ai commencé à travailler aux Maternelles au lancement de l’émission en 2001. Mon fils aîné avait à l’époque 12 ans. Nous nous étions retrouvés les uns les autres sur le casting de cette future émission sans imaginer un seul instant comment ce travail, certes plus qu’enviable, allait devenir une affaire personnelle pour beaucoup d’entre nous. De même que Les Maternelles le sont apparemment devenues pour vous qui avez attendu vos enfants et accouché – là j’exagère un peu ;)))-  quasi en notre compagnie.

 

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Une excitation sans pareille

Oui, lancer les Maternelles sur le petit écran, c’était de la folie car on occupait une niche, la naissance et le devenir parent, où personne ne s’était encore vraiment installé en télé dans un format de talkshow. On défrichait ces sujets pourtant universels et vieux comme l’humanité tels un nouveau continent. Maïtena, la première animatrice de l’émission, ne lésinait sur rien. L’équipe des journalistes non plus. Nous passions nos journées et nos soirées ensemble revisitant les relations parents /enfants et refaisant inlassablement le monde.  En effet, nous étions tous plus ou moins fraichement divorcés avec des enfants. Tous plus ou moins en thérapie, tous plus ou moins en quête d’un nouvel homme ou d’une nouvelle compagne ou parfois, en couple, sereinement. Le soir, on savourait quelques verres de Viogner, on rêvait des saucisses de Morteau que savait si bien cuisiner Fred notre premier assistant. On tournait le lendemain.  Qu’importe ! Nos trente ans résistaient aux cernes et aux poches sous les yeux que Coco, la maquilleuse nous masquait avec dextérité.

A fleur de peau

Très vite, les lettres des téléspectatrices affluèrent, longues, poignantes, parfois désemparées. Nous étions à fleur de peau ; elles aussi. Il n’y avait pas les sachant d’un côté et les apprenant de l’autre. On était tous dans le même bateau, celui de l’apprentissage, plus ou moins réussi, de la parentalité. Il n’y avait pas de jugement. On se servait mutuellement de miroir grossissant de nos joies, de nos travers, de notre bonne volonté et de nos « ratades » ! On pleurait, on riait, on grandissait ensemble, à la fois saisis par la particularité de chaque histoire et rassurés de constater que nous vivions tous des hauts et des bas avec nos enfants.

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Les Maternelles engagées auprès des parents

Je me souviens d’Anna et de son bébé « 5 » qui, bien que né sans vie, occupait une vraie place dans cette famille. La législation et les pratiques allaient bientôt évoluer grâce à l’investissement des familles concernées pour la reconnaissance de ces enfants et la possibilité pour les parents d’en garder une trace bien réelle. Dans un autre registre, me revient la rencontre avec des club de marâtres qui militaient pour faire reconnaître les droits des beaux-parents. Sans oublier les associations de parents qui se sont battues pour être enfin écoutés dans leur projet de naissance. Je me souviens aussi du combat des sages-femmes pour défendre notre périnée malmené et cause d’innombrables descentes d’organes à force de ne pas être considéré… La dynamique était lancée. Parfois quand nous nous retrouvons, un peu nostalgiques, il nous plaît de croire que la hausse de la démographie française fut en partie due à l’émission Les maternelles ! Pourquoi pas ?

A l’époque, un après la création de l’émission, en plein feu de l’action, m’est enfin venue, grâce aux Maternelles – en partie 😉 –  l’envie de faire un deuxième enfant 13 ans après, le premier bébé de la bande des copines de cette émission sans pareille.

Deuxième grossesse

Grand moment de complicité avec Maïténa, à qui j’annonçais la nouvelle en nous rendant sur le plateau de tournage de l’émission sur mon 125 ! Nous étions folles ou plus exactement follement éprises de notre indépendance de femme, de notre liberté. Que de crises de rire dont témoignent encore les bêtisiers ! Un rien comme l’acquisition de la propreté par exemple, nous faisait partir en vrille. L’heure d’après, nous buvions la tasse en nous faisant saisir par le témoignage de femmes qui venaient de vivre une interruption médicale de grossesse. De vraies montagnes russes émotionnelles. « T ’as les hormones dans le chignon » me répétait sans cesse Maïténa. Elle n’imaginait pas qu’elle aussi flancherait à nouveau et se lancerait dans une deuxième maternité quelques temps plus tard.

Aris, mon deuxième fils, est né aux Lilas sous le regard si bienveillant de mes copines les sages-femmes. Pas de cris, pas d’angoisse, du cododo à foison, du portage quasi non-stop.

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Deux naissances, deux révolutions

J’ai vécu évidemment deux grossesses très différentes. La première en étant très jeune, considérant que tout cela était naturel donc évident. Il n’était pas question que ces 9 mois gênent ma carrière professionnelle. J’étais à Europe 1 à l’époque. Et évidemment, je n’ai pas osé en parler, redoutant de perdre ma place ! Rien ne se voyait jusqu’au jour où je l’ai annoncé. J’étais enceinte de 6 mois. Du jour au lendemain, mes collègues ont vu apparaitre mon ventre ; mais je faisais encore la fière à bras. J’avais une énorme patate. Je descendais les escaliers quatre à quatre sans me soucier des risques potentiels de chute. J’étais heureuse, tout roulait impeccable. Puis vint l’accouchement en trois heures maximum par les reins comme on dit sobrement avec un air de circonstance. Ne soyez pas si douillette, ai-je entendu dire alors que la tête était déjà en train d’apparaître. On m’a retiré mon bébé pour le mettre en couveuse. Je n’ai pas osé le réclamer, le reprendre sur moi, leur hurler que je voulais aller dans ma chambre tranquille, seule avec mon bébé.

Jeune maman

Trop jeune, trop respectueuse du corps médical, trop ignorante, trop bonne élève ! Il me faudra beaucoup de temps pour évoquer ce que j’ai vécu comme une révolution sans pleurer. 4 nuits et 5 jours sans dormir, tant j’étais bouleversée par ce qui venait de m’arriver. J’étais devenue mère. C’était énorme, fou, épuisant. La réalité m’a rattrapé avec force. Je n’avais réfléchi à rien, profondément. Or, tout cela n’avait rien de « naturel » au sens d’évident et facile. La maternité, c’était une construction, je le découvrais le jour de la naissance de mon premier enfant.

Accoucher bien accompagnée

Comme son frère aîné, Aris est né le jour de son terme, un peu moins vite mais lui aussi « par les reins »…Il eut en fond sonore, les éclats de rire de Maïténa mais aussi les paroles d’encouragement de Chantal Birman, la bienveillance du pédiatre Marcel Rufo, et du professeur Sylvain Missonnier, la douceur du pédiatre Guénolé de Blignères Strouck. Toutes ces personnes essentielles qui nous aident à penser ce devenir parents avec mesure, attention, empathie sans jamais imposer leurs vues mais on vous laissant venir à maturité à votre rythme. Grâce à eux et grâce à l’expérience liée à mon aîné, j’ai mieux compris les enjeux d’une grossesse et d’une naissance. J’ai choisi de m’adapter au rythme de mon enfant plutôt que ce ne soit lui qui s’adapte au mien. J’ai pris le temps de l’observer, de le respirer. Deux enfants, 13 ans d’écart, incomparables mais deux vraies histoires d’amour, deux histoires de tripes. Aujourd’hui, leurs bonheurs font mon bonheur, même si j’ai appris à cultiver mes jardins secrets et nous laisser, aux uns et aux autres une certaine distance nécessaire et indispensable pour nos vies respectives. Vive Les Maternelles ! A cet égard aussi, elles ont été bien utiles.

Nathalie Le Breton

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