Vous m’avez souvent posé cette question. Et de fait, certains éditeurs vous orientent dans ce sens, en précisant une tranche d’âge ou un âge minimum. Une mention qui répond parfois à un principe de précaution à l’égard du type d’encre ou des matières utilisées dans l’album. Cependant, la plupart du temps, il s’agit d’inscrire ces livres en parallèle du développement de l’enfant. On imagine ce qu’il est capable de comprendre ou non, on imagine quel type d’histoire est susceptible de lui convenir ou non… Soit. Dans NotiSeoton, nous avons nous aussi participé à cette segmentation en usage en étant toutefois, « que » , partiellement convaincus ! Pour tout vous dire, je me souviens avoir lu à mon dernier fils Aris, dès ses premières semaines de vie … Le Comte de Monte-Christo d’Alexandre Dumas, non pas pour en faire un littéraire pur jus, mais simplement parce que j’adore cette œuvre depuis mon enfance. Je savais pertinemment qu’Aris n’entrerait pas dans l’histoire. Mais j’étais persuadée qu’il ressentirait ce plaisir que j’avais, dans mes intonations et le rythme de mes lectures.

Je n’ai jamais été rivée aux recommandations d’âge, et aujourd’hui j’ai quasiment plus de satisfaction à lire de la littérature jeunesse que des livres dits pour adultes ! Pour leur histoire, leur sensibilité, leur audace, leur personnalité, leurs parti-pris et leur esthétique, souvent. Ces livres-pépites sont autant de portes ouvertes sur la richesse de l’être humain et de notre monde. Ils participent à aiguiser nos esprits et ceux de nos enfants, notre curiosité, notre appétence à la richesse de toutes nos différences comme à ce qui nous rassemble. Et c’est infini ! Même un grand peut replonger dans un imagier de qualité tant les niveaux de lecture sont variés ; sans parler du bonheur de vous montrer que maintenant il sait le lire « comme un grand » . Et inversement pour les contes et les histoires plus élaborées. Peut-être faudra-t-il écourter le temps de l’histoire mais pourquoi en restreindre l’accès ? Certes, je comprends la nécessité de marquer le territoire de chacun quand il y a une fratrie, mais quelle jubilation intérieure lorsque l’histoire est telle qu’elle balaye les classes d’âges et réunit la famille. Et si vous tentiez l’expérience ? Vous me raconterez ?

Bien à vous,

Nathalie Le Breton